Au début, une envie d’adolescente, qui se transforme avec le temps et les années en un rêve toujours plus profond. Ce rêve n’est pas partagé par mon conjoint, pour des raisons qui lui sont propres.
Un soir de fin-décembre, nous sommes invités chez des amis, ils reviennent du Vietnam. Partage d’aventures, de souvenirs, de photos et me voilà avec mon rêve ravivé pour la Xème fois… La musique de fond et le diaporama, me parlent et me touchent. Je fais parts à tous de mon envie d’aller visiter une fois l’Asie avant de quitter cette terre. Et là , la réponse que peut-être j’attendais depuis des années : "Tu n’as qu’à y aller toute seule !"
Cette simple phrase, dite sans retenue vient frapper au plus profond de moi. Seule… et pourquoi pas. Toutes les conditions favorables sont là : je viens d’arrêter ma profession, donc pas de contraintes professionnelles, nous avons de quoi couvrir les frais du voyage à la banque, nous sommes mariés depuis 33 ans et une petite séparation ne fera que du bien à notre couple, pour raviver la flamme, j’ai plus de 50 ans c’est le moment ou jamais… Seule oui, mais… Je ne maîtrise pas l’anglais, ce sera mon 1er grand voyage, dans un pays que je ne connais qu’au travers de lectures et d’émissions de TV. Et la sécurité là dedans, une femme seule de 53 ans, sac à dos… Est-ce bien raisonnable ?
Internet, pourquoi pas ! Je m’attelle à mon ordinateur, ouvre des sites, lis des forums, et arrive par je ne sais quel biais sur "PartirA2". Je n’ai jamais répondu à un forum et pourtant, je m’inscris, compose un texte, annonce franchement la couleur : âge, projet, intérêts et attentes du voyage, durée, etc. A peine quelques heures plus tard, Thierry prend contact. Presque le même âge, les mêmes projets. Echanges d’adresse de mails, et 1er contact personnel. Il habite à 60 Km de chez nous. C’est lui qui fait le déplacement avec un ami plus jeune qui sera lui aussi de l’aventure.
Nous mettons sur la table idées, envies, objectifs et façon de voir ce projet dans son entier et dans sa réalisation. Nous sommes sur la même longueur d’ondes. Nous projetons de partir tout un mois. C’est le début janvier, à peine quelques jours de la diffusion de mon annonce. Les choses vont vite et se bousculent dans ma tête. Cela me fais presque un peu peur, vais-je aller jusqu’au bout de ma démarche ? De chaque côté, nous achetons cartes, plans et guides. Chacun de nous à l’organisation d’un territoire et prospecte de son côté. J’apprends avec plaisir qu’une autre femme sera du voyage: le chiffre 4 est idéal. Contact par mails pour faire connaissance. Elle habite Québec, ce n’est pas la porte à côté. Avec elle aussi, le courant passe bien, même façon d’envisager ce mois d’aventure, le projet se concrétise.
Février, les billets d’avion sont réservés, un blog commun est ouvert afin que chacun puisse y glisser ses informations. Nous nous retrouvons une 2ème fois avec Thierry ; son ami ne sera finalement pas de la partie. Cette fois, nous partageons un moment convivial avec nos conjoints respectifs. Mars, c’est le mois des achats, il faut penser à tout, ou presque.
1er Avril, le grand départ… Rendez-vous à l’aéroport de Genève avec Thierry. Sac sur le dos, habillée routarde, il ne me reconnaît pas, je me dirige vers lui… Escale au Caire, puis arrivée à Bangkok. C’est là que Line la 3ème des mousquetaires nous attends avec son compagnon. Drapeaux canadien et québécois en vue, prise de contact, et installation pour notre 1ère nuit. Le compagnon de Line nous quitte quelques heures plus tard, les vacances sont finies pour lui. Nous voilà maintenant seuls et au complet.
Hanoï 1er point de chute et départ de notre périple. Nous contactons une agence sur place pour visiter en 1er lieu le nord, accompagnés d’un guide et d’un chauffeur. Le pays demande une certaine organisation, surtout pour visiter les minorités et les villages de montagnes. Au début, 2 chambres : les dames d’un côté et Thierry de l’autre. Chez l’habitant, nous nous accommodons avec les moyens du bord. La cohabitation est agréable, chacun de nous respecte les habitudes et petites manies de l’autre, même si parfois nous en parlons et rions entre nous. Petit à petit les liens se créent. Le soir nous "plaquottons" avec Line avant de dormir, comme 2 gamines…
Les aléas du direct nous obligent à tirer à la même corde, surtout lorsqu’il y a des démêlés avec des tiers, concernant l’organisation de la journée. Le chiffre 3 peut être handicapant, pour nous, il est un atout. Thierry et Line négocient les démarches, tout en anglais. Moi ne comprenant qu’un mot sur deux et encore… j’attends les infos. A d’autre moment je fais une autre proposition, ce qui permet de trancher. Sans se concerter, nous allons dans le même sens et ne faisons qu’un lors de prise de décision. Cela s’est avéré payant à plusieurs reprises. Les habitants sont mordants et le touriste est un réservoir d’argent pour eux. Nous devons nous montrer durs si nous ne voulons pas être laissés sur un bord de route en pleine campagne avec armes et bagages !
Au fil du temps, chacun prend sa place dans le groupe. Certains jours, le ton monte, les mots se font plus durs. Mais jamais cela n’a dégénéré. Le respect de l’autre, a été la valeur la plus mise à contribution durant tout ce mois de compagnonnage. L’entraide aussi, car il y a eu des moments plus délicats.
Quelle belle aventure, expérience de vie et relations humaines nous avons vécus. Séparation, émotion et promesses de nous revoir ont terminés ce voyage. C’était une autre vie, nous devons revenir à la réalité maintenant.
Françoise Grandjean
